Simone_Weil_1921

Simone Weil (1909-1943)

L’ATTENTION COMME CHEMIN

« Bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études. La plupart des exercices scolaires ont aussi un certain intérêt intrinsèque; mais cet intérêt est secondaire. Tous les autres exercices qui font vraiment appel au pouvoir d’attention sont intéressants au même titre et presque également. (…) Si on cherche avec une véritable attention la solution d’un problème de géométrie, et si, au bout d’une heure, on n’est pas plus avancé qu’en commençant, on a néanmoins avancé, durant chaque minute de cette heure, dans une autre dimension plus mystérieuse  » (Simone Weil )

 Pour Simone Weil, développer son attention, c’est fortifier un trésor intime. Simone Weil préconise, par exemple, d’apprendre par coeur un texte touchant et de le réciter une fois chaque matin avec une attention absolue : « Si pendant la récitation mon attention s’égare ou s’endort, fût-ce d’une manière infinitésimale, je recommence jusqu’à ce que j’aie obtenue une fois une attention absolument pure. La vertu de cette pratique est extraordinaire. » Avec Jacques Vigne, on peut encore proposer dans ce but un autre exercice simple et efficace : l’écoute du silence… « Ce n’est pas un exercice d’attention, c’est l’attention même. Quand nous nous concentrons sur lui, il remplit tout notre espace mental et lave pour ainsi dire à grande eau ce qui l’encombrait, toute la difficulté consistant à parvenir à une continuité parfaite de l’écoute ». Simone Weil, pour qui « l’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l’objet », ira jusqu’à considérer qu’il n’y a pas de chemin plus noble pour répondre à notre commun désir de nous dépasser, « heureux donc ceux qui passent leur adolescence et leur jeunesse seulement à former ce pouvoir d’attention ».

LRW